La France a connu ces dernières années un réel engouement pour les “startup”. Le mot recouvre plusieurs acceptions plus ou moins concordantes . Pour faire simple, la startup est un modèle d’entreprise qui se distingue par 3 caractéristiques principales :

  • la recherche d’une croissance rapide,
  • le recours à une technologie nouvelle,
  • le besoin important de financement.

Le modèle entend souvent se distinguer de l’entreprise classique sur plusieurs aspects dont l’un est précisément le sujet de notre article du jour. La startup se veut plus démocratique dans son accès et prétend reposer sur un modèle plus méritocratique que celui de l’entreprise classique.

Quelle est la réalité d’une telle affirmation ?

startup nation : une utopie ?

1) Le profil des fondateurs de startups : un constat sans appel

Le modèle startup a souvent été associé à l’image très américaine de l’entrepreneur qui réussit en partant de rien. Mais les profils des fondateurs de ce type d’entreprises sont souvent loin d’être partis de rien.

En effet, selon l’enquête SINE , 45% d’entre eux ont un niveau supérieur ou égal au baccalauréat. Plus que cela, 83% sont issus des grandes écoles de commerce qui valorisent de plus en plus les créations de startups (étude de la CGE ).

Les étudiants d’écoles de commerce bénéficient ainsi d’un environnement propice pour se lancer. Incubateurs, locaux et réseaux d’entrepreneurs /d’investisseurs sont autant de ressources mises à disposition de ces étudiants. Des ressources dont ne bénéficieront pas forcément des porteurs de projets n’ayant pas effectué ce cursus.

Lorsque l’on analyse leur origine professionnelle, on constate que la majorité des créateurs de startups sont d’anciens cadres ou issus du salariat privé. Ce sont principalement des personnes qui recherchent l’épanouissement personnel et le prestige du statut de patron.

D’un point de vue sociologique, ces entrepreneurs sont issus de milieux sociaux favorisés dans lesquels “l’esprit d’entreprise” est souvent bien présent. Ce qui tend à faciliter la reproduction de ce modèle, notamment à travers le cursus scolaire, comme évoqué plus haut.

Tandis que pour des entrepreneurs issus de milieux moins favorisés, il sera plus facile d’ouvrir une entreprise classique qu’une startup. Ainsi, tous ces éléments montrent que l’accès à l’univers des startups nécessite souvent des prérequis socio-économiques caractéristiques.

2) Il existe pourtant des structures qui gagneraient à être connues !

Le constat que nous venons de dresser ne doit pas occulter une autre réalité. Il existe de nombreuses structures d’accompagnement qui donnent leur chance à des profils ne bénéficiant pas forcément des avantages évoqués supra.

Pour n’en citer que quelques unes :

a) Le Fighters Program de Station F

Ce programme mis en place par Station F donne à des entrepreneurs qui se lancent, l’accès aux ressources nécessaires à la concrétisation de leur projet. Ce programme est ouvert à n’importe quel profil (y compris réfugiés, sdf, étrangers) et représente ainsi une véritable opportunité pour les créateurs issus de milieux moins avantagés.

Le programme Fighters : c’est donc des locaux gratuits ainsi que la possibilité de bénéficier de cet incroyable écosystème entrepreneurial qu’est Station F. Les entrepreneurs inscrits au programme vont pouvoir avancer sur leur projet à leur rythme aux côtés d’autres entrepreneurs plus favorisés.

b) HEC Stand Up 

HEC Stand Up est un programme du Centre HEC IDEA (Innovation-Digital & Data-Entrepreneurship-Acceleration) et soutenu par la Fondation HEC. Il s’adresse aux femmes porteuses de projet qui sont soit en situation de demandeur d’emploi, soit gérante d’une entreprise depuis moins de 5 ans.

En plus de mettre des ressources pédagogiques et académiques à disposition de ces entrepreneuses, le programme propose une session d’une dizaine de jours pour lancer leur activité au sein d’un environnement idéal et bénéficier ainsi de l’aura international du réseau de la première école de commerce de France.

c) Les Déterminés

L’association fondée par Moussa Camara accompagne les personnes issues des banlieues et milieux ruraux dans leur projet entrepreneurial. Elle propose des formations gratuites ainsi qu’un accompagnement personnalisé au sein d’un réseau soudé.

Fort de partenariats stratégiques avec des institutions nationales, les Déterminés sont un véritable tremplin pour une population qui regorge de talents inexploités.

d) Espace Entrepreneuriat La Place

L’espace E de la Place (Centre culturel Hip Hop) propose un accompagnement à la carte et la mise à disposition de postes de travail. Cet espace d’incubation s’adresse à toute personne souhaitant lancer un projet lié à l’univers culturel avec un goût particulier pour ceux touchant à la culture hip hop.

3) Des exemples d’entrepreneurs au parcours atypique

Brian Thiely 

Fondateur de la startup LinesDude. Brian est passé par le programme Fighters de Station F. Sa startup propose des opportunité de travail à des personnes sans domicile fixe ou particulièrement démunies. Elles peuvent être rémunérées pour faire la queue dans des fils d’attente à votre place : concerts, sorties de produits etc.

Le lyonnais décide de quitter sa ville natale et son travail pour venir tenter sa chance à Paris. Lui qui a arrêté l’école en 3e et fut selon ses propres mots “SDF” et “ancien voyou”, va persévérer malgré tout. Il est sélectionné en 2019 par Station F pour le programme et bénéficie ainsi de cette opportunité pour développer son projet.

Taïg Khris

Vous le connaissez sûrement pour son fameux saut en rollers du haut de la tour Eiffel, moins pour son application mobile. L’ex-sportif de haut niveau se revendique autodidacte. Lui qui n’a jamais été à l’école traditionnelle, considère cette spécificité comme une chance.

Il a fondé Onoff, une application qui permet d’avoir plusieurs numéros sur un même téléphone. Malgré les faibles probabilités de réussite, il décide de se lancer dans cette aventure entrepreneuriale armé d’une vision différente de la réussite.

Une vision que lui ont transmis ses parents qui ont fait le choix de ne pas scolariser leurs enfants. Celle de poursuivre ses rêves en travaillant comme un acharné pour les atteindre, malgré les a priori. Persévérance, optimisme et passion ont été ses moteurs pour lancer cette startup qui embauche 50 employés et revendique une croissance de plus de 90% de son chiffre d’affaires en 2019.

Floriane Addad

La Fondatrice de MyTroc vient du milieu artistique et ne possède aucun diplôme. C’est à l’issue de 4 années difficiles qu’elle peut enfin préparer une levée de fonds. Résultat : sa startup d’échange de biens, services et loisirs compte aujourd’hui 130 000 utilisateurs.

La femme de 37 ans reconnaît tout de même qu’un parcours en école lui aurait permis de gagner du temps et d’éviter certaines erreurs. Mais elle ne regrette pas son parcours et se dit encore plus fière d’avoir concrétisé son projet avec ses propres moyens.